Depuis des décennies, la communauté scientifique mondiale recourt à l'abréviation latine et al. — contraction d'et alii, « et les autres » — pour désigner les co-auteurs d'une publication lorsqu'ils sont trop nombreux pour être tous cités. Si cette convention a servi son époque, nous estimons, avec toute la rigueur qui s'impose, qu'elle ne reflète plus la réalité sociologique, culturelle et spirituelle de la recherche contemporaine.
La science n'est pas une activité solitaire. C'est une affaire de gang. D'un gang soudé, structuré, hiérarchisé, avec ses codes, ses territoires (les revues à fort impact), ses rôles immuables — et ses membres qui n'ont parfois rien fait mais dont le nom en dernière position impose le respect.
Convenez que ça frappe autrement.
Et al. efface les individus dans l'anonymat d'un latin poussiéreux. And gang, en revanche, reconnaît que chaque membre du laboratoire — du stagiaire de M1 qui a pipetté 400 échantillons à la directrice dont le nom figure en dernier pour des raisons stratégiques — fait partie d'un collectif uni. C'est inclusif. C'est humain. C'est gang.
Nature, Science, Cell, Molecular Psychiatry — ces revues ne sont pas de simples journaux académiques. Ce sont des zones d'influence. Publier dans Nature, c'est poser son flag. C'est marquer son territoire. Avec un h-index à deux chiffres et suffisamment de citations, vous gérez un secteur entier. Autant l'assumer terminologiquement.
Dans toute publication avec de nombreux co-auteurs, le dernier auteur n'a souvent pas touché une pipette depuis 2009. Mais son nom ferme la liste parce qu'il dirige le labo, connaît les reviewers, et a signé les demandes de financement. C'est le boss. C'est le capo. La convention and gang rend enfin justice à cette réalité implicite que tout le monde connaît mais que personne n'ose nommer.
Jargon incompréhensible pour les non-initiés, rituels d'intégration coûteux (le doctorat), hiérarchies opaques, loyauté absolue à son domaine et guerre froide permanente avec les disciplines adjacentes. And gang reconnaît sobrement ce qui est. Les sociologues des sciences avaient raison depuis le début : on est tous un peu dans un gang.
Nos simulations computationnelles (non publiées, en révision dans Molecular Gang Studies) indiquent que les titres intégrant and gang bénéficieraient d'un gain de 34% d'altmetric score en raison de leur caractère immédiatement viralisable sur les réseaux sociaux académiques. Twitter/X, BlueSky et LinkedIn académique constitueraient les vecteurs primaires de diffusion.
Nous anticipons les objections. Certains arguent que cette réforme serait incompatible avec les normes APA 7e édition, les guidelines Vancouver, ou les exigences du Chicago Manual of Style. Nous répondons que :
De plus, nous proposons une transition en douceur : dans un premier temps, and gang pourrait figurer entre parenthèses comme forme alternative recommandée — Johnson et al. (and gang), 2024 — avant d'être adopté seul d'ici 2028, année du cinquantième anniversaire de la publication des guidelines APA originaux.
— Dr. A.M., neuropsychologue, post-doc perpétuel, Paris
— Pr. K.L., directeur de laboratoire, chef de gang depuis 2014
— Reviewer #2, identité protégée, localisation inconnue